Las « Encantadas »

Las « Encantadas » (les « Enchantées »), c’est un des noms que les espagnols donnaient aux Galápagos, archipel d’une vingtaine d’îles et d’une centaine d’îlots et rochers situé dans le Pacifique au niveau de l’Equateur, à plus de 1000 km de toute côte, en raison de leur tendance à apparaitre soudainement, au milieu de nulle part, souvent enveloppées d’un brouillard quasi magique.

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Cet éloignement, et l’inhospitalité d’un archipel volcanique où l’eau douce est très rare, le climat extrême avec de longues périodes de sécheresse, et les conditions de navigations difficiles, ont retardé pendant des siècles l’établissement de l’homme. Entre sa découverte « officielle » en 1535 et le début du XXème siècle, toutes les tentatives de colonisations ont échoué, se terminant bien souvent dans des conditions dramatiques… Les récits de naufrages, de disparitions, de rescapés solitaires morts de soif sur des îlots arides sont légion et ont entretenu le mythe des « enchantées » pendant des siècles. Au final les îles ont principalement servi de repaire aux pirates du XVIIème et XVIIIème siècles, qui s’y abritaient pour échapper aux autorités, réparer leurs bateaux et s’approvisionner en tortues après leurs raids sur la côte, puis aux baleiniers au XIXème siècle qui y trouvaient refuge et vivres pendant leurs campagnes de pêche. Tortues de terre (les plus grosses du monde), poissons en abondance et eau (pour ceux qui savaient où la trouver) étaient les seules raisons d’y venir.

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La colonisation a commencé petit à petit à partir de la fin du XIXème siècle, et divers aventuriers/entrepreneurs/esclavagistes/contrebandiers ont tenté d’y exploiter tour a tour café, cacao, guano, canne à sucre, ressources halieutiques, avec plus ou moins de succès. Les îles sont également devenues un centre pénitencier, où les cours de justice de Guayaquil envoyaient les criminels dangereux, ou ceux dont on ne savait pas quoi faire quand les prisons du continent étaient pleines. Bref du beau monde, et donc encore de belles histoires de vie en quasi-esclavage dans un climat hostile, de révoltes sanguinaires, d’évasions, de naufrages en mer etc. Les Galápagos faisaient figure d’iles maudites. Le véritable développement des îles aura lieu après la seconde guerre mondiale, pendant laquelle les américains ont aménagé une importante base sur l’île de Baltra afin de profiter de la position stratégique de l’archipel dans la défense du canal de Suez. Après-guerre, la base est démontée, et les maisons offertes aux colons. Les années 60 voient l’amorce du développement du tourisme, et depuis la population de l’archipel n’a cessé d’augmenter, pour atteindre environ 40 000 personnes aujourd’hui.

Cet éloignement des côtes, cette inhospitalité et la faiblesse de la colonisation humaine ont eu une autre conséquence, bien plus heureuse : l’émergence et la préservation d’une faune et d’une flore endémiques incroyablement riches. Des dizaines d’espèces d’oiseaux (frégates, fous, albatros, cormorans…) dont 28 endémiques, de reptiles (tortues, iguanes…) et de mammifères (otaries), ainsi que des milliers d’insectes peuplent les îles mêmes.

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Des centaines d’espèces de poissons (dont 12 espèces de requins : requin des Galápagos, requin marteau, requins de récif, requin tigre, requin baleine…), et de crustacés, ainsi que baleines et dauphins vivent dans les riches eaux qui baignent l’archipel.

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Trois courants principaux convergent vers les Galápagos : un chaud venant du Panama au Nord, deux froids venant du Pérou au Sud et du Pacifique à l’Ouest. Ces trois courants apportent abondance de nutriments, et supportent une vie sous-marine riche et diversifiée. Au fil du temps, ils ont également transporté vers les îles différents habitants, nageant ou pris sur des radeaux naturels : tortues, iguanes, insectes, espèces capables de survivre quelques semaines en mer sans apport d’eau ou de nourriture.

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De nombreuses espèces d’oiseaux ont également parcouru les 1000 km depuis le continent, et se sont installées sur les îles. Les graines des différentes plantes, pousses de mangroves, etc., ont été portées par les courants océaniques ou les vents. En arrivant dans ce nouvel environnement, toutes ces espèces ont du s’adapter aux conditions extrêmes de l’archipel et ont considérablement évolué par rapport a leur cousins du continent. Ainsi les tortues sont devenues beaucoup plus grosses que leur ancêtres, pour mieux supporter les longs mois de sécheresse, et certaines ont connu une modification de leur carapace qui leur permet d’étendre leur cou plus en hauteur et ainsi d’accéder a la chair de cactus plus hauts. Une des adaptations les plus incroyables est celle du cormoran aptère des Galápagos, dont les ailes se sont totalement atrophiées : il est devenu nageur, ses ailes réduites lui donnant une meilleure hydrodynamique, il nage et chasse sous l’eau avec une grande aisance.

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Les espèces ont également évolué différemment entre les îles, puisque ces dernières ne présentent pas les mêmes caractéristiques et sont relativement éloignées les unes des autres. C’est en particulier suite à l’étude des sous-espèces de pinsons (finches) que Darwin, qui avait visité les îles en 1835, a formulé sa théorie de l’évolution en 1859 : il remarqua que selon le régime alimentaire que leur permettait l’île sur laquelle ils s’étaient établis (insectes, larves, fruits/fleurs de cactus, graines etc.), chacune des espèces de pinson, à partir d’un ancêtre commun, avait développé des traits particuliers (en particulier dans la forme du bec).

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Aujourd’hui, ces abondantes et en partie endémiques (uniques) faune et flore font des Galápagos un véritable paradis pour scientifiques et amoureux de la nature. Les iles sont à 95% protégées par un parc national terrestre et maritime, et les déplacements sont restreints. Cela donne un côté « Disneyland » (on reste dans les chemins, beaucoup d’endroits ne sont accessibles qu’avec un guide) qui de premier abord est déroutant quand on s’attend à partir à la découverte de la nature sauvage, mais au final on se rend vite compte que c’est le seul moyen de préserver la tranquillité des différentes espèces, et d’assurer le futur des îles. Malgré tout, les Galápagos ne manquent pas de défis écologiques : la poussée démographique qui a accompagné le développement du tourisme pose d’énormes problèmes d’approvisionnement en vivre, en eau et en énergie, de gestion des déchets, et de pollutions en tous genres (y compris son lot de naufrages de bateaux, le dernier en janvier de cette année, la carcasse du vraquier est toujours échouée à l’entrée du port de San Cristobal). Des campagnes doivent être organisées pour exterminer les espèces introduites par l’homme (chèvres, chiens, rats etc.), qui prolifèrent et menacent d’extinction les espèces endémiques (par prédation ou compétition). La lute contre la pêche illégale, en particulier l’infâme et révoltante pêche au requin pour le prélèvement des ailerons (shark-fining) à destination du marché asiatique, mobilise d’importantes ressources (bateaux et avions des gardes-côtes et de la marine). A cela s’ajoutent les nécessaires efforts de restauration des populations de tortues qui ont été décimées par les pirates, les baleiniers, puis les premiers colons, pour leur chair, et l’huile qu’on en tirait (pour l’éclairage des rues de Guayaquil en particulier). Certaines « sous-espèces » sont presque définitivement éteintes – c’est le cas par exemple de la tortue de Pinta, dont le dernier représentant connu, un mâle baptisé « Lonesome George » (Georges le Solitaire), est décédé en 2012 en captivité (tout n’est pas forcément perdu : certaines tortues possédant le même génome auraient été découvertes sur une île voisine). Compte tenu de la lenteur avec laquelle ces tortues, qui vivent plus de 100 ans et n’atteignent la maturité sexuelle qu’à 25 ans en captivité, et 40 ans en milieu naturel, les efforts de repeuplement actuels vont prendre des siècles, littéralement…

A Pinta Island Giant Galapagos Tortoise (Chelonoidis nigra abingdoni). This individual, known as Lonesome George, died in 2012.

Voilà, c’était une petite introduction sur cet archipel qui mérite définitivement son nom d’ « Encantadas », et dont on espère qu’il deviendra un modèle de gestion responsable… Ce n’est pas gagné, mais les autorités du Parc National y travaillent ferme, et la pression internationale est forte, donc l’espoir est permis ! En ce qui nous concerne, on y a passé 15 jours, et c’était magique !

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